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SORCELLERIE – Pièces originales du procès en sorcellerie du couvent de Louviers

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SORCELLERIE – Pièces originales du procès en sorcellerie du couvent de Louviers

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Pièces originales du procès en sorcellerie du couvent de Louviers

 

Fort volume in-folio (dim. : 36,5x25cm) en plein vélin moucheté, de plus de 1 500 p. manuscrites. Ecrit de plusieurs mains, rédigé entre 1643 et 1647 inclus. Composé du recollement des rôles (interrogatoires, procès-verbaux, exorcismes, confrontations, récits) du procès en sorcellerie du couvent de Louviers.

Description

Commençant par ces mots « Copie du procès-verbal de ce qui est arrivé au monastère de Louviers au passage du corps de Picard, 20 mai 1643 » et terminant par « par la dite Bavant dit que tout ce qu’elle a dit est véritable. / Ledit Boulay retiré. Ladite Bavant a este exhortée de dire si elle a quelque chose à dire à la cour. Dit qu’elle n’a plus rien à dire. ».

La possession du couvent de Louviers est le 3ème cas de possession collective de couvent de la première moitié du XVIIe s. Succédant aux cas des couvents d’Aix et de Loudun, il est à la fois le plus célèbre et le plus mystérieux des trois. Connu par quelques pièces imprimées publiées entre 1643 et 1652, ainsi que par les pamphlets du médecin Yvelin (1643), cet événement extraordinaire marque à la fois le paroxysme de l’état de possession démoniaque dans le royaume de France, et signale la fin des grands procès en sorcellerie du XVIIe s. Le procès, au déroulement chaotique, et aux rebondissements aussi inattendus que spectaculaires, se terminera par un bûcher sur lequel le prêtre Boulay sera brûlé vif, ainsi que la dépouille de son prédécesseur le prêtre Picard, exhumé sur l’ordre de l’évêque d’Evreux. La figure centrale de cette étonnante histoire, Madeleine Bavent, quant à elle, sauvera sa vie au prix d’une incroyable défense, et d’une résistance à la torture hors du commun. Ce faisant, elle créera un précédent aux conséquences historiques : la fin de la chasse aux sorcières en France.

 

Immortalisée par Jules Michelet dans La Sorcière en 1862, Madeleine Bavent a toujours été présentée comme la victime innocente de l’obscurantisme et de la folie fondamentaliste des chasseurs de sorciers. Décrite comme esprit faible, ballotée au fil des événements, elle fut, pour de nombreux historiens, la figure du martyr, de la sauvagerie religieuse.

L’étude de ce manuscrit révèle un personnage beaucoup plus complexe et énigmatique ; on y découvre une femme à la force de caractère insoupçonnable, endurant les tourments jusqu’aux frontières de la folie, mais aussi renaissant de l’épreuve avec une obstination en tous points remarquable. Utilisant les incohérences de l’accusation, et s’en servant afin de pousser le système jusqu’à l’absurde, elle réussit à sauver sa vie, mettant un terme, bientôt définitif, à la chasse aux sorcières dans les couvents du royaume de France.

 

Le manuscrit débute le mercredi 20 mars 1643 à 5 heures du soir dans une atmosphère de violence extrême et nous plonge d’emblée au sein d’un couvent possédé par le diable. La description est précise, comme peut l’être un procès-verbal ; les convulsions et actes de possession démoniaque sont scrupuleusement décrits.

La personnalité de Madeleine Bavent se détache de ce magma et concentre très vite l’attention des juges.

 

 

 

 

C’est dans l’atmosphère normande lourde du XVIIe s., rétrograde et superstitieuse, que Madeleine Bavent, jeune orpheline, entre au couvent. Placée sous la protection du père David puis du père Picard son successeur, elle prend alors de facto le pouvoir au sein du couvent et engendre un réseau de jalousie et de rancœur de la part de ses consœurs. A la mort de Picard, en butte à une haine accumulée sur plusieurs dizaines d’années, Madeleine est dénoncée, accusée de commerce avec le diable.

Torturée, harassée d’interrogatoires, privée de nourriture, en proie à une infection à la mamelle, probablement forcée, elle cède rapidement et se désigne comme victime expiatoire idéale. Les chefs d’accusation sont multiples – messes noires, sabbats, etc. – et frôleraient le ridicule, si l’on ne connaissait le sort réservé aux sorcières…

 

Madeleine est convaincue d’avoir eu des rapports avec le prêtre Picard, alors confesseur du couvent, d’avoir utilisé les enfants nés de cette union à fins de sabbat, d’avoir participé, en présence de Belzébuth, à des messes noires.

On l’accuse également d’avoir bénéficié du soutien du père David, premier confesseur de l’institution, de s’être livrée à l’adamisme, sur l’ordre de celui-ci, c’est-à-dire de s’être exhibée nue à la confession, et dans l’enceinte du couvent.

On la suit au fil des interrogatoires s’enfoncer dans une description du monde maléfique avec un luxe de détails qui stupéfie jusqu’à ses juges mêmes.

Pour connaître l’endroit du corps par lequel le diable s’est infiltré, ses juges doivent piquer chaque partie de la peau ; la douleur est terrible. Lorsque son bourreau doit recommencer, elle pleure, supplie…

Elle « avoue » son commerce avec le diable : « J’avais trop mal » « C’est parce que Monseigneur d’Evreux m’avait promis de mourir », dira-t-elle plus tard. Mais pour les juges, même ses larmes sont à charge. Accusée de sorcellerie, Madeleine n’a alors plus d’issue : sorcière, elle doit être brûlée ; si elle est relapse, elle doit être brûlée…

 

Au fil du temps, alors que la jeune femme semble avoir franchi le seuil de la folie, nous découvrons une incroyable stratégie qui consiste à entraîner ses persécuteurs dans un dédale aux conséquences insupportables pour eux. En effet, Madeleine avoue tout, mais elle avoue aussi qu’au sabbat se trouvaient d’autres personnes : les sœurs qui l’accusent et la mère supérieure du couvent.

 

Défaisant un à un les fils de la trame ourdie contre elle, rendant caducs les chefs d’inculpation, elle en vient à réduire son procès à une alternative : soit on abandonne l’idée de la brûler vive, et l’on interrompt de fait le scandale, soit on persiste dans cette direction, et les juges se retrouvent alors dans l’obligation de placer sur le même bûcher la mère supérieure et les autres sœurs, qui, incidemment, représentent toute la noblesse normande. Dans les derniers interrogatoires, Madeleine proclame qu’elle est bien allée au sabbat, mais qu’elle ne saurait dire « si cela était en songe ou en réalité »…ce que la cour accepte, créant un consensus, somme toute assez pratique.

En effet, lassé par cet excès de zèle, le pouvoir central ne veut plus cautionner les chasseurs de diable. Les familles, dont celle du prêtre Picard, se retournent contre la hiérarchie ecclésiastique. Empêtrés dans une affaire mal montée, les procureurs, désemparés, ne savent plus quoi faire ; on laisse alors Madeleine tranquille pendant un temps. Les années s’écoulent… Mais un événement survient qui va tout relancer : l’une des sommités religieuses à l’origine de cette chasse meurt subitement… Le diable est évidemment à l’origine de cette mort, Madeleine est une sorcière, le procès doit reprendre.

Un obscur curé de campagne, le père Boulay, homme violent, est dénoncé par Madeleine. Arrêté, interrogé et convaincu de commerce avec le diable, il sera, après avoir été passé à la question extraordinaire, brûlé vif. Les restes du père Picard, déterrés pour la seconde fois seront jetés sur le bûcher. Madeleine, quant à elle, aura la vie sauve, les poursuites contre la mère supérieure seront abandonnées. Nous découvrons en Madeleine Bavent un personnage hors du commun, à la force de caractère insoupçonnable, ayant réussi non seulement à déjouer les attaques combinées de l’église et de ses coreligionnaires, mais aussi sauvant sa vie, mettant un terme, bientôt définitif, à la chasse aux sorcières dans les couvents du royaume de France.

Ainsi s’achève le manuscrit.

Le couvent de Louviers fut détruit, l’intégralité des pièces manuscrites de cette extraordinaire histoire fut brûlée sur l’ordre du parlement de Rouen. Quelques années plus tard, un nouveau couvent est en proie à la possession démoniaque, mais cette fois-ci, l’Etat intervient immédiatement, et la principale intéressée, Barbe Buvé, est considérée comme démente. En ce sens, Madeleine nous apparaît comme la figure emblématique d’une nouvelle ère.

Madeleine Bavent est la dernière sorcière.

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