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[Manuscrit] Livre d’heures à l’usage de Rouen __ Vers 1460

[Manuscrit] Livre d’heures à l’usage de Rouen __ Vers 1460

35000,00

Manuscrit sur vélin 115 feuillets (183 x 125 mm), 16 lignes par page.
Reliure en pleine peau de daim brune décorée en à froid, fermoirs et écoinçons en argent (reliure moderne).
Manuscrit illustré de sept peintures.

L’entame des sections n’ayant pas de peintures est marquée par de luxueuses marges fleuries encadrant une importante initiale travaillée à l’or à la feuille, le manuscrit est complet.
Écriture gothique à l’encre noire, les initiales rehaussées d’un discret trait miel.
Et pour les débuts de chapitres des initiales dorées à la feuille, aux gouaches bleues et rouges rehaussées d’un très fin jeu de filets de gouaches blanches.
Les bouts de lignes sont tous ornés de motifs géométriques bleus et rouges rehaussés d’or à la feuille.

Composition :

Texte :

– Fol. 1 à 12 : Calendrier à l’usage d’Evreux
En latin à la gouache rouge, bleue et à l’or
Calendrier dans lequel on relève :
– les reliques de Sainte Anne, le 30 Janvier
– Saint Ausbert , le 9 février,
– Saint Aquilain d’Évreux, le 29 mars
– Saint Leufroy, le 2 mai et 21 Juin (Evreux)
– Saint Godart, 8 juin
– Saint Taurin (premier évêque d’Évreux), le 11 août
– Sainte Wandrillie, 23 Juillet

– Fol. 13 à 17 :   Extraits des évangiles
– Fol. 18 à 20 : Obecro te
– Fol. 21 à 24 : O intemerata
– Fol. 25 à 60 : Heures de la Vierge
Les antiennes et capitules des offices de prime et de none désignent l’usage de Rouen :
Prime :           – Ant : Maria virgo assumpta est
– Cap : Per te dei genitrix
None :                       – Ant. : Pulchra es et decora
– Cap : Et radicavi
– Fol. 61 à 72 : Psaumes pénitentiaux
– Fol. 73 à 75 : Litanie des saints
– Fol. 76 à 78 : Heures abrégées de la Croix
– Fol. 79 à 82 : Heures abrégées du Saint Esprit
– Fol. 83 à 107: Office des morts en neuf leçons
Les réponses et versets désignent l’office des morts à l’usage de Rouen (d’après les tables de Knid Ottosen).
– Fol. 108 à 112 : Prières en français « les quinze joyes ntre dame »
– Fol. 112 verso à 115  : « les VII rqst » ( Les sept requêtes)

Décorations et Peintures

Ce gracieux manuscrit est illustré de sept grandes peintures à pleines pages placées dans des encadrements cintrés. Les trois marges décorées à motifs d’acanthes, fleurs, fruits, vasques, œillets etc.
Mêlant l’or à la feuille, l’or liquide, le vert tendre, le rouge et le bleu.

Descriptions des peintures :

– Les évangélistes : Jean, Matthieu, Luc et Marc.
Assemblés sur une même page comme il est de coutumes dans les manuscrits rouennais, chaque évangéliste est accompagné de son attribut.

– L’Annonciation
Marie est agenouillée sous un dais, à sa droite l’ange Gabriel déploie un phylactère sur lequel est inscrit « Ave Maria gracia plena ».
Au sol se trouvent trois lys blanc, par un vitrail dardent des rayons d’or accompagnés d’une colombe.

– La Nativité
La Vierge en prière est accompagnée de Joseph tenant un cierge allumé à la main.
Le petit Jesus est au sol accompagné du bœuf et de l’âne.
L’étable stylisée laisse apparaître un paysage boisé percé de rais d’or.
Le visage de la Vierge ainsi que celui de Joseph, délicatement ombré sont d’une grande élégance.

– David en prière
Le roi David dont la lyre et la couronne sont posées à ses pieds prie le Seigneur qui lui apparaît dans le ciel.
Au-delà d’un dais pourpre décoré d’or se trouve un château-fort entouré de bosquets et de chemins. Belle expression de visage.

– La Crucifixion
Le Christ en croix est peint de manière réaliste, ses mains et avant bras saignent abondamment, le sang gicle de ses flancs et ruisselle de ses pieds le long du bois de la croix. De part et d’autre Marie et Jean se détachent sur un fond de campagne arborée. Le haut de la croix est partagé entre la nuit étoilée et le lever du jour.

– La descente de l’Esprit Saint
Cette très belle peinture a été l’objet d’un soin particulier, la Vierge en majesté assise sur un trône est surmontée de la Colombe environnée de rayons d’or, qui distribue des flammes.
Les apôtres situés de part et d’autre de la Vierge sont en discussion comme l’indique leur gestuelle. Saint Pierre et Saint Jean se tiennent aux côtés de la Vierge.
Les visages de chacun expriment la complexité de la scène. La palette composée de pourpre, bleu, vert émeraude, gris ardoise soutient admirablement le jeu des auréoles dorées à la feuille.

– L’office des morts
L’office est illustré par un enterrement à l’intérieur d’une église.
Le défunt est posé sur un catafalque, un groupe de trois prêtres fait face en second plan à la masse noire de trois pleurants.

Commentaire

Les peintures qui ornent ce manuscrit sont l’œuvre d’un atelier du Maître de l’échevinage de Rouen dont la première manière, vers 1460, est encore tributaire de son immédiat prédécesseur et concurrent le Maître de Talbot.

Il est intéressant de rapprocher le traitement du David en prière de la même illustration ornant le manuscrit du Maître de l’échevinage de Rouen (se trouvant à Aix-en-Provence – BM – ms. 0022).
La disposition spatiale, la palette et le dessin relevant manifestement des mêmes modèles mais avec une intéressante liberté d’interprétation.

Le Christ en croix particulièrement pathétique est un archétype que l’on retrouve aussi bien dans les productions du maitre de Talbot que du Maître de l’échevinage de Rouen.
On peut dire ainsi que le peintre de ce manuscrit représente un courant transitoire entre ces deux écoles qui dominent au tournant du XVe siècle la production normande.

La peinture illustrant les heures du Saint Esprit, d’une remarquable finesse d’exécution tant du point de vue du dessin que de l’harmonie des couleurs, est en tous points remarquable.