L’Oeil de Mercure - Bernard Le Borgne - Expert CNES - 9 rue Maître Albert 75 005 Paris - Tél : 01 43 54 48 77

Lettre à mademoiselle de Scudéry – Signé et daté sur la dernière page « de Montmorency, ce 4 septembre 1669. Le Laboureur. »

Lettre à mademoiselle de Scudéry – Signé et daté sur la dernière page « de Montmorency, ce 4 septembre 1669. Le Laboureur. »

18000,00

12 feuillets numérotés en 23 page, in-folio (321 x 205 mm), sous couverture papier postérieur, importante tache d’encre p 12.

Manuscrit original , comportant de nombreuses variantes ayant servi à la publication de l’ouvrage de Louis Le Laboureur publié le 11 décembre 1669, sous le titre «  La promenade de S. Germain a Mademoiselle de Scudery ». A Paris chez Guillaume de Luyne (petit in 8, 66pp).
Il s’agit de la seule description qui nous soit parvenue des appartements du Roi construits sur la terrasse du château de St Germain en Laye de 1668 à 1669 sous la conduite du peintre Lebrun décoré et peint par ses soins de fresques, plafonds ornés, de marbres, et de miroirs peints de son invention.

L’appartement aujourd’hui disparu comportait une anti chambre, une chambre, une grotte, un cabinet ect.
On y voyait un jet d’eau de dix pieds, des cascades, un statuaire d’argent, des glaces peintes enchâssés dans les plafonds.
Cet endroit enchanteur voulu par Colbert pour les plaisirs du Roi qui, en ces années partageait ses amours entre la Duchesse de Lavallière et la marquise de Montespan, fut le laboratoire dans lequel Lebrun expérimenta ce qui allait devenir l’âme de Versailles, à savoir la galerie des glaces.
Cette description détaillé de l’un des chef d’œuvre disparu de Charles Lebrun fut tiré à petit nombre à l’adresse des curieux et du cercle des précieux dont Le Laboureur était l’une des figures. Seul quelques exemplaires de ce récit ont survécus. La découverte du manuscrit original de ce témoignage est naturellement une heureuse surprise.
Les récents travaux, notamment de madame Sandra Bazin-Henry, « Charles Le Brun et les décors de miroirs », Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles, sur l’utilisation des miroirs peints comme élément de décors ont montrés l’aspect novateur de Charles Lebrun dans cet espace qu’il aménagea à la manière d’un théâtre d’illusions.
Ce lieu de séduction et de surprises à la décoration badine et piquante, met en situation tout ce que Versailles par la suite voudra magnifier : jeux d’eau, marbre, marqueterie, statuaire, illusions d’optique, rythment la succession de ces petits appartements.
Le manuscrit qui avait débuté sur l’organisation du voyage (partie réécrite dans la version imprimée) s’achève sur la rencontre avec le Roi Soleil en personne qui leur fait l’honneur de les recevoir en ses appartements.
En écrivant ce récit, Louis le Laboureur Bailly de la ville de Montmorency a voulu rendre hommage non seulement à Charles Lebrun qui occupe alors un château près de ses terres mais aussi à Madame de Scudéry qui venait de donner au public, une année auparavant, une description ponctuée de poésie du château de Versailles. C’est en s’inspirant de sa démarche mais aussi de son style qu’il rédige son récit, interrompant ses descriptions par de longues poésies.
L’auteur est accompagné dans sa visite de Charles Lebrun, du Conte de Nogent et de Pellisson qui, ensemble commentent et expliquent le propos allégorique du lieu.

Particularités du manuscrit 

Le manuscrit agréablement calligraphié comporte plusieurs ratures ,ajouts, notes marginales et biffures.
Il est écrit sur un papier vergé portant plusieurs filigranes dont l’un d’entre eux n’existe plus après 1668.
Les quatre premières pages proposent une version différente de la version imprimée, pour reprendre puis et se conformer globalement à l’imprimé jusqu’à la fin du manuscrit. La partie qui a été occultée par Le Laboureur concerne les préparatifs du voyage et des considérations sur les sites du Montmorency et de Saint Germain en Laye. La longue poésie qui accompagne cette première version a été remaniée et complètement réécrite.
Par la suite les variantes que l’on observe par rapport à l’imprimé concernent des tournures de phrases, ajouts ou suppressions de formules, et réécriture de vers.
Un indice amusant nous renseigne sur la nature et la fonction de ce manuscrit, p 11 (correspondant à la page 32 de la version imprimée) Le laboureur écrit à propos d’une peinture de Le Brun mettant en scène un groupe de trois amours « Le premier pour faire voir qu’il exerce son empire, tient un (ici une tache d’encre rend le mot illisible) et un aigle dont il contraignit autrefois Jupiter de prendre la figure ». Qui se traduit dans la version imprimée par « Le premier pour faire voir qu’il exerce son empire, tient, ce me semble, un Cygne et un aigle dont il contraignit autrefois Jupiter de prendre la figure ».
L’expression « Ce me semble » rajoutée dans la version imprimée suivit de la proposition «  Un Cygne » (à la place de la tache) indique une difficulté de lecture poussant à l’interprétation du rédacteur. Quelqu’un s’interrogeant sur la nature de l’animal disparu sous la tache a marqué en marge « bélier ».

Ceci montre que ce manuscrit a servi à élaborer la version imprimée, les variantes nombreuses dont il est parsemé indiquent également qu’il a existé une version réécrite par la suite et que notre présente version est une première écriture mise au net de ce récit.
L’écriture agréable mais quelque peut inégale pourrait être celle de Louis Le Laboureur, à moins qu’il n’ait confié cette tache à l’un de ses secrétaires, auquel cas, son écriture autographe apparaitrait sous forme d’ajouts et notes marginales qui parsèment l’ouvrage.

Ce récit s’inscrit dans une courte tradition de descriptions commentées des lieux emblématiques voulus par le monarque, telles les descriptions de Versailles de Madame de Scudéry ou de la Grotte de Tetys. Mais il se singularise en ceci que cette visite se fit sous l’autorité de Charles Lebrun présent lors du voyage et de Paul Pellisson historiographe du roi tout deux interprètes de première importance de la nature allégorique du lieu. Ainsi est décrit dans le détail la fonction des amours qui, peints sur les plafond, les miroirs et les corniches, racontent les inclinaisons du Roi Soleil. Ce fil conducteur amuse autant qu’il étonne les visiteurs et nous renseigne sur la manière dont les courtisans vivaient cet art élégiaque.
Les remarques sur l’utilisation des miroirs peints à l’italienne, mais d’une façon singulière, à l’envers du miroir sur une idée de Lebrun montre l’originalité du lieu et le constant désir de surprendre et d’étonner. 
« Ce qui est singulier, c’est qu’étant peints derrière les miroirs, les premiers traits que le pinceau y a couché forment la figure telle qu’on la voit ; au lieu que dans la peinture ordinaire, ce sont les derniers coups de pinceau qui l’achèvent et qui la finissent »
La découverte d’un jet d’eau de dix pieds de haut placé sur une corniche montre que la prouesse technologique renforce l’admiration dans l’esprit de ses contemporains.

Un précieux témoignage inconnu à ce jour sur les appartements de Louis XIV, laissés vacants lors du transfert de la cour au château de Versailles et totalement détruits lors de la rénovation du château de St Germain en Laye, voulu par Napoléon III.

 

 

Avis

Il n’y pas encore d’avis.

Soyez le premier à laisser votre avis sur “Lettre à mademoiselle de Scudéry – Signé et daté sur la dernière page « de Montmorency, ce 4 septembre 1669. Le Laboureur. »”

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *