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L’état de l’armement du vaisseau de ligne Le Duguay-Trouin en rade de l’île de Saint-Domingue le 10 Floréal en X Document original inédit.

L’état de l’armement du vaisseau de ligne Le Duguay-Trouin en rade de l’île de Saint-Domingue le 10 Floréal en X Document original inédit.

1500,00

1802

Composition à l’encre et à l’aquarelle sur une grande feuille dépliée de 70 x 44 cm représentant le vaisseau le Duguay-Trouin commandé par le chef de division Willaulez faisant partie de l’escadre aux ordres de l’amiral Latouche Tréville en rade de Saint-Louis ile de Saint-Domingue à l’époque du 10 Floréal an X signé par Seamen Pattersen. Le bateau vu de profil au mouillage occupe la partie supérieure du document (26 x 42 cm) « à l’échelle de 188 pieds de longueur du vaisseau » est accompagné de deux bâtiments en arrière-plan : la barge du commandant et la goélette du général la plame. La partie inférieure est occupée par l’état de l’armement du vaisseau, donnant : – Le détail de l’équipage : sur un total de 670 membres d’équipages, le tableau dresse l’état des différents postes : Etat major et aspirants, avec leurs noms et grades puis les premiers maîtres officiers mariniers de manœuvre (90), officiers mariniers de canonnage (90), sous officier du détachement, soldats du détachements, matelots des 4 classes (450) , mousses 38 etc. – le poids des voiles carrés et voiles en pointe – la proportion des mats et des vergues – la dimension de la coque –la nomenclature de l’équipement : artillerie (28 cannons de 36, 30 canons de 18, 16 canons de 8, 4 canons de 36, 12 pierriers, 10 espingoles, 28 mousquets, 70 fusils, 400 pistolets, (…) – les armes d’abordage : 400 sabres, 400 haches d’armes , 70 piques, 120 fusils, 140 grenades, 368 quinteaux de poudre, 1600 boulets de 36 , 1800 boulets de 18 , 960 de 8, 1060 paquets de mitraille, 6852 gargousses, 680 balles en plomb (…) – divers objets de chargement : 36 caisses de fusils, caisses de baïonnettes, de pistolets, de sabres, barils de soufre, 1900 pierres à pistolets, 3 000 balles de plomb, boulets, et armements de guerre (…) – Vivres et pièces diverses, barils d’eaux-de-vie, de vin, des biscuits, de la farine, du lard, du vinaigre. Le total du poids général du chargement, est estimé à 1600 tonnes, une information importante lorsque l’on sait que lors de cette Mission le Duguay-Trouin s’échoua et dut se délester d’une partie de son fret.

Le Duguay-Trouin est un vaisseau de 74 canons la classe téméraire, mis en chantier en 1794, il est armé et fait ses premiers essais en 1801. Le 13 novembre, il est envoyé sous le commandement du capitaine de vaisseau Willaumez à Saint-Domingue pour contrer la révolte menée par Toussaint Louverture. L’expédition dite de Saint-Domingue est composée de 21 frégates et 35 vaisseaux de ligne. Le 8 avril 1802 à la suite d’une manœuvre d’un pilote incompétent le Duguay-Trouin s’échoue, il faudra pour le renflouer qu’il se déleste d’une partie de ses canons et de son matériel. À la suite d’une épidémie de fièvre jaune, il ne reste plus que 395 hommes sur 670. Forcés par l’escadre anglaise, les Français tentent de regagner les côtes de France. Le Duguay-Trouin engage le combat contre le HMS Éléphant dont il sort victorieux, mais affronte 5 nouveaux vaisseaux de ligne et le bateau doit se réfugier dans le Nord de l’Espagne. Dans un état de délabrement avancé, gréement ravagé, voie d’eau, il arrive pourtant à reprendre la mer 13 mois plus tard. Lors de la bataille de Trafalgar, le Duguay-Trouin réussit à éviter la catastrophe et demeure à flots. Sa grande vergue cassée donc peu manoeuvrable, il s’affronte ainsi que quatre navires français à 4 vaisseaux et 4 frégates anglaises, alignant 484 canons, les Français ne disposant que de 282 canons. Au bout de plusieurs heures de combat, le navire amiral français, le Formidable, amène son pavillon, le Scipion est coulé, le Duguay-Trouin à la suite d’un combat héroïque ayant coûté la vie de la moitié de l’équipage et celle de son capitaine, est démâté et réduit à une puissance de feu dérisoire, il tombe aux mains des Anglais sans jamais avoir amené son pavillon. Passant sous le pavillon anglais renommé HMS Implacable, il continuera sa carrière en participant à de nombreuses batailles puis est mis en réserve en 1855. 1908 le bateau est remis en état et sert de navire-école jusqu’en 1912 En 19245, le bateau est de nouveau aménagé et transformé en lieu d’accueil pour les jeunes marins. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est le plus vieux vaisseau du monde encore à flots, il est désarmé définitivement 1945. En 1947, la France ayant renoncé à l’acheter au vu des importants frais de restauration, la Royal Navy décide de le saborder en Manche. Démâté, dépouillé, il entreprend son dernier voyage le 2 décembre 1949, l’émotion suscité par ce sabordage attirera l’attention du monde sur l’importance de conserver le patrimoine maritime mondial dont le Duguay-Trouin était le symbole. Magnifique document inédit sur le plus emblématique bâtiment de la marine à voiles, dressé au large de Saint-Domingue avec le descriptif exact de sa cargaison en l’an 1802 de l’Empire.